Perspectives de l’intérieur : les détails du Bulletin 2024 des enfants et des jeunes de ParticipACTION

Le 7 mai dernier, ParticipACTION a publié l’édition 2024 du Bulletin de l’activité physique chez les enfants et les jeunes, sous le thème Ensemble pour la résilience : garder les enfants et les jeunes actifs dans un climat en changement. Le Bulletin révèle des notes plus hautes par rapport à celles de l’édition 2022 pour certains indicateurs, dont l’ensemble de l’activité physique, qui a obtenu un « D+ », une hausse par rapport à la note « D » au plus fort de la pandémie. Même si la note de l’ensemble de l’activité physique s’est améliorée, un « D+ » n’est pas idéal, puisque cela signifie que seulement 39 % des enfants et des jeunes (âgés de 5 à 17 ans) du Canada effectuent les 60 minutes recommandées d’activité physique d’intensité moyenne à élevée par jour.

Ensemble de l’activité physique. Une paire d’espadrilles à côté d’une roue dentée sur laquelle la note « D+ » apparaît. Logo de ParticipACTION

 

Depuis que nous avons publié l’édition 2024 du Bulletin, nous nous sommes entretenus avec le conseiller scientifique en chef du Bulletin, le Dr Mark Tremblay, ainsi qu’avec la gestionnaire du Bulletin, la Dre Brianne Bruijns, pour connaître leurs points de vue au sujet des principales conclusions et recommandations.

1. Quel est le lien entre les changements climatiques et l’activité physique chez les enfants et les jeunes, et pourquoi avez-vous décidé d’en faire le thème central du Bulletin de cette année?

Mark Headshot

Dr Tremblay :

La santé de notre planète et de ses habitants — les plantes, animaux et humains de tous âges — est menacée. Dans le Bulletin de cette année, nous avons souligné qu’en plus de ses nombreux bienfaits déjà bien connus, l’activité physique sur une base régulière peut aider à atténuer les répercussions des changements climatiques grâce à une augmentation de l’utilisation du transport actif et la promotion du jeu actif en plein air, qui motive la population à prendre davantage soin de l’environnement. Les changements corporels sains qui sont le résultat d’une augmentation de l’activité physique chez les enfants et les jeunes peuvent aussi aider ces derniers à s’adapter et à devenir résilients face aux défis que posent les changements climatiques.

De plus, à cause de leurs corps en pleine croissance, les enfants sont plus vulnérables à la pollution atmosphérique et aux températures extrêmes, et ces risques sont actuellement amplifiés, car les niveaux de forme physique de nos enfants sont bas ou en déclin.

Un groupe d’enfants joue au football dans un parc.

2. Avez-vous observé des disparités dans les niveaux d’activité physique au sein des groupes privés d’équité? Si tel est le cas, lesquelles se sont démarquées?

Mark Headshot

Dre Bruijns :

Nous avons constaté des disparités parmi les groupes privés d’équité pour de nombreux indicateurs. Selon moi, ce qui était le plus marquant était de découvrir que seulement 31 % des filles, comparativement à 57 % des garçons, satisfont aux recommandations en matière d’activité physique.

Une autre disparité que nous avons constatée était en lien aux sports organisés : 86 % des parents issus des ménages aux revenus les plus élevés ont déclaré que leurs enfants ont participé aux sports organisés durant la dernière année, alors que seulement 55 % des parents des ménages aux revenus les plus faibles ont déclaré à la même chose. C’est une différence d’un peu plus de 30 %!

Étant donné les disparités rapportées chez les groupes privés d’équité et les données limitées auxquelles nous avions accès pour ce Bulletin, le comité de recherche du Bulletin recommande que ces populations soient davantage étudiées.

Un groupe d’adolescents joue au volleyball sur un terrain extérieur.

3. Quelles sont les difficultés ou barrières spécifiques qui doivent être surmontées pour améliorer les niveaux d’activité physique chez les enfants et les jeunes? Comment doit-on procéder?

Mark Headshot

Dr Tremblay :

Améliorer les niveaux d’activité physique des enfants d’un pays en entier est une tâche monumentale de longue haleine, mais qui revêt la plus haute importance! Des changements majeurs en matière de nombreux types de comportements et de facteurs d’influence seront nécessaires, et il y a 14 indicateurs différents qui peuvent encore être améliorés. Durant les 20 dernières années, les Bulletins ont fait des recommandations spécifiques pour tous les indicateurs afin d’aider à améliorer les notes et à surmonter les barrières et les difficultés spécifiques. Le Bulletin de cette année contient 72 recommandations au total pour les 14 indicateurs. J’invite tous ceux qui le désirent à se référer au Bulletin complet pour obtenir tous les détails sur les indicateurs qui sont les plus intéressants ou pertinents pour eux.

Apporter des améliorations notables aux niveaux d’activité physique requerra des changements au climat social, à l’environnement bâti (en anglais seulement), aux infrastructures de sports, de loisirs et de jeux, au soutien financier, aux priorités politiques, aux comportements des individus, des familles et des communautés, le tout dans une optique qui met l’accent sur les questions d’équité, de diversité et d’inclusion. Les changements liés au climat ont amené avec eux une nouvelle série de défis qui mettent en lumière l’importance d’avoir une génération d’enfants en forme, actifs, inclusifs et consciencieux de l’environnement.

Deux enfants en fauteuils roulants et une professeure de danse lèvent leurs bras dans un studio de danse.

4. Y a-t-il des lacunes dans notre compréhension de l’activité physique des enfants et des jeunes qui doivent être abordées? Quelles sont les prochaines étapes recommandées pour la recherche dans ce domaine?

Mark Headshot

Dr Tremblay :

Même si la recherche sur l’activité physique chez les enfants et les jeunes continue à progresser, il y a encore beaucoup de choses que nous ignorons et qui nécessitent plus d’études. Le Bulletin complet identifie 74 lacunes sur le plan de la recherche.

Le manque d’information sur les groupes privés d’équité pour tous les groupes d’âge et tous les indicateurs est particulièrement pertinent pour le Bulletin de cette année. La recherche sur l’activité physique chez les enfants âgés de zéro à quatre ans est nettement insuffisante, même si elle fournirait le meilleur taux de rendement.

Notre compréhension de la manière dont les changements climatiques et les évènements météorologiques sévères affectent et sont affectés par les comportements en matière d’activité physique de la population est presque inexistante. Les enfants ne sont pas des adultes miniatures, alors on ne peut pas tenir pour acquis que les résultats des recherches sur les adultes s’appliquent aussi à eux. Nous avons aussi une responsabilité sociale, morale et éthique de ne pas nuire à nos populations les plus jeunes et les plus vulnérables.

Afin d’orienter les enfants vers les voies les plus saines, nous devons comprendre la manière dont leurs esprits et leurs corps en pleine croissance réagissent à l’activité physique et s’adaptent aux différents défis climatiques. Nous devons aussi apprendre quels facilitateurs sociaux sont les plus aptes à promouvoir les comportements désirés chez les enfants et les jeunes de diverses origines, orientations et aux champs d’intérêt variés. Nous avons encore beaucoup à faire!

Deux garçons avec des sacs à dos marchent et parlent.

5. Quelles sont les recommandations clés pour les gouvernements qui souhaitent aider les enfants et les jeunes à améliorer leurs niveaux d’activité physique?

Mark Headshot

Dre Bruijns :

Même si certaines provinces et certains territoires ont déjà des stratégies d’activité physique et de sport bien établies, nous encourageons tous les gouvernements des provinces et des territoires à soutenir la création de politiques qui amélioreront la coordination du secteur public et avanceront la promotion de l’activité physique partout au Canada. La mise en œuvre de ces politiques aidera à faire de l’activité physique une plus grande priorité et fera en sorte qu’elle devienne une question politique importante.

De plus, le financement continu consacré aux activités, à la promotion et aux programmes devrait être accessible pour mieux équiper les gouvernements et les organisations responsables de manière à ce qu’elles aient un impact significatif sur les niveaux d’activité physique des enfants et des jeunes.

Un groupe de garçons joue au basketball sur un terrain extérieur.

6. De quelles manières les communautés peuvent-elles aider à améliorer les niveaux d’activité physique des enfants et des jeunes?

Mark Headshot

Dre Bruijns :

  1. Investir dans la création et la revitalisation des installations de loisirs intérieures et extérieures (y compris les terrains de jeux) pour encourager l’activité physique et fournir des espaces aux enfants pour être actifs durant les journées d’alertes météorologiques ou les alertes de qualité de l’air. S’assurer que ces installations sont près des domiciles, accessibles et peu coûteuses, afin de favoriser la participation équitable à l’activité physique chez les enfants et les jeunes.
  2. Impliquer les membres de la communauté (y compris les enfants et les adolescents) dans la conception de ces espaces pour s’assurer qu’ils répondent à leurs besoins et seront plus fréquemment utilisés.
  3. Prolonger et maintenir les circuits de transport actif, en particulier près des écoles et des espaces communautaires, pour encourager les familles à utiliser les moyens de transport actifs régulièrement.

Un groupe d’enfants joue dans un module de parc.

7. Quelles sont les recommandations clés pour les enseignants et les écoles qui souhaitent aider les enfants à améliorer leurs niveaux d’activité physique?

Mark Headshot

Dre Bruijns :

Pour les écoles primaires, mettre en œuvre des politiques d’activité physique quotidiennes qui comprennent des façons novatrices d’intégrer l’activité physique dans le programme scolaire d’éducation physique est une excellente stratégie que les enseignants peuvent utiliser pour améliorer les niveaux d’activité physique des enfants. Aussi, lorsque la récréation doit être déplacée à l’intérieur en raison du mauvais temps ou des risques liés au climat comme la mauvaise qualité de l’air, faire des activités basées sur le mouvement, comme jouer aux charades, faire du yoga, jouer au tennis de table ou à « Jean dit », est une bonne façon de favoriser le jeu actif et de briser la sédentarité des périodes d’enseignement régulières.

Pour les écoles secondaires, encourager fortement l’embauche d’enseignants d’éducation physique spécialisés et pousser pour que les cours d’éducation physique soient obligatoires à chaque année scolaire (comme au Québec) sont deux choses qui peuvent aider à maintenir les niveaux d’activité physique et d’intérêt chez les jeunes. Les enseignants devraient aussi songer à écouter ce que les jeunes ont à dire et à les impliquer dans le développement du programme d’éducation physique, des politiques et des offres de cours.

Un groupe d’enfants joue au tennis de table.

8. Quels conseils avez-vous pour les parents et les réseaux de soutien pour les aider à motiver leurs enfants à bouger davantage et plus souvent?

Mark Headshot

Dre Bruijns :

Comme le soutien familial est positivement lié aux niveaux d’activité physique des enfants (en anglais seulement), le conseil le plus important que je pourrais donner est de mettre la priorité sur l’activité physique en famille afin de faire bouger les enfants davantage (et plus souvent). Encourager, observer, donner l’exemple, co-participer, et assister à des évènements d’activité physique sont toutes des actions qui contribuent au soutien familial. Faire des randonnées en famille, faire du sport ou jouer à des jeux ensemble aux parcs du voisinage et aux installations de loisirs, et opter pour des modes de transport actif pour les sorties locales sont de bonnes options.

L’activité physique peut aider à compenser les impacts négatifs sur la santé des changements climatiques. En faisant de l’activité physique une priorité et en l’intégrant à nos routines quotidiennes, nous pouvons créer une mentalité selon laquelle, pour les enfants et les adolescents du Canada, être actif ne sera plus un choix, mais une seconde nature!

Une mère et son fils jouent au baseball dans un parc.

9. Pourquoi la recherche et les évaluations continues comme le Bulletin sont-elles bénéfiques? Quelle ou quelles répercussion(s) ont-elles?

Mark Headshot

Dr Tremblay :

Les Bulletins de l’activité physique chez les enfants et les jeunes ont été lancés au Canada en 2005 et depuis, ont été reproduits dans plus de 70 villes, provinces et pays à travers le monde. Ils ont favorisé la sensibilisation, contribué à la surveillance de la santé publique, exhorté la reddition de comptes, facilité la défense de la cause, influencé les politiques et identifié les forces, les faiblesses et les priorités des villes, provinces et pays.

Les répercussions des Bulletins ont été remarquables au Canada et au-delà de nos frontières, dépassant largement nos objectifs initiaux. Préserver et promouvoir un mode de vie actif et sain, qui comprend assez d’activité physique régulière pour les enfants et les jeunes, est fondamentalement important pour la santé et le bien-être à long terme de ces derniers, mais aussi pour la santé et le bien-être à long terme de notre pays et de notre planète.

En tant qu’évaluation la plus détaillée de l’activité physique chez les enfants et les jeunes au Canada, le Bulletin de l’activité physique chez les enfants et les jeunes de ParticipACTION nous rappelle l’importance de la crise de l’inactivité physique, fournit une mise à jour des progrès réalisés, responsabilise tous les secteurs concernés, et propose des recommandations d’améliorations qui, ensemble, nous aideront à renforcer le mouvement et à faire bouger les enfants!

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